lundi 16 octobre 2017

Fixer des cordes métalliques

 Pour attacher des cordes en acier ou en bronze à la table d'harmonie, c'est plutôt sportif ! Les fabricants de cordes expliquent qu'il faut les torsader autour d'un support...mais voilà: à la main on a de fortes chances de se blesser, et si l'on a le malheur de se servir d'une pince on risque de trop torsader et de couper...
 J'ai récemment cordé une bardique de ma fabrication en cordes de bronze,  je suis donc passé par là et pour essayer de m'en sortir j'ai trouvé un moyen de fixer sans torsader.

Dans du tube d'aluminium de 6mm j'ai débité des tronçons d'environ 1cm. Je les ai percés de part en part avec un foret de 3mm:



On fait ensuite, à la main, une boucle sur une extrémité de la corde:


et on fait passer la boucle en traversant pour qu'elle ressorte à peine de l'autre côté:


l'extrémité libre est alors coudée:



il suffit à présent de passer l'autre extrémité de la corde dans la boucle. On tire bien sur la corde:


à présent on peut installer et tendre la corde, ça ne glissera pas.
Du laiton ou du bois dur devraient aussi convenir, mais j'aime bien l'alu, léger et solide.



jeudi 21 avril 2016

CHEVILLES : ATTENTION !

Voilà ce qu'on peut lire dans le dernier N° (39) de "Telenn Din" à propos de la dernière harpe de Myrdhin, une "Ulysse" à cordes métal :

"La tension des cordes est une chose mais la tension sur les chevilles
en est une autre, deux fois supérieure. Point névralgique où la corde casse...
"

Deux fois supérieure ? J'avoue que cette phrase m'a fait quelque peu réfléchir; que veut dire l'auteur ?

 La solution est bien simple : j'ai déjà expliqué sur ce blog que la tension des cordes sur la table peut être quasiment réduite de moitié grâce à l'angle table-cordes, qui permet d'en transformer une partie en tension longitudinale (le long de la table elle-même).
Mais, effectivement, sur les chevilles, cette tension s'exerce toute entière, à peine quelque peu amortie par les sillets qui, eux aussi, en récupèrent et transforment une partie.
Grande fragilité, grand stress donc pour ces chevilles et pour les cordes !

On comprend aussi pourquoi les consoles de harpes cassent si souvent (et toujours au même endroit...).

Ces chevilles m'ont toujours un peu mis mal à l'aise... je trouve que, depuis le temps, on aurait dû leur substituer un système moins primitif...style mécaniques de guitare ou autres. Des idées ?


vendredi 8 janvier 2016

Essayons les cordes tressées !


Encore une idée empruntée à l'excellent livre de Bart Hopkin "Musical Instruments Design" les cordes tressées ! Non, pas des cordes filées, juste tressées. Au lieu d'une, on en met deux, ou plus, et on les tresse ensemble avant de les tendre...en les tendant, dit-il, mais cela implique un système de tension spécial. Pour nous, avec nos chevilles classiques, on tresse et on tend ensuite. On peut tresser plus ou moins serré, bien sûr...

Quel est l'intérêt de ce système ?

Si l'on a besoin d'une grosse corde, on peut en faire une avec deux ou trois petites:  deux cordes de 0,7 mm vont nous donner à peu près l'équivalent d'une de 1,5mm, etc... !
Un "tressage" énergique, ça doit faire quasiment une corde filée...?
On peut s'amuser à utiliser des diamètres inusités, par exemple du fil de pêche très fin, tresser ensemble des cordes de diamètres différents, des cordes dans des matières différentes: que donneraient des mélanges de nylon et de carbone, de nylon et d'acier ou de laiton ?
Bref, on peut expérimenter tous azimuts, avec toutes sortes de matériaux, et pour pas cher...sauf si l'on tresse des fils d'or !

Je suis curieux de savoir comment tout cela sonnerait ? Quel serait le rendu sonore de cette précontrainte introduite par le tressage ?

Alors, on essaie ? 

mardi 3 février 2015

BAMBOO STUDIO (II)


 Quelquefois, les problèmes nous orientent vers des idées nouvelles ! Après quelques mois, probablement à cause d'un excès d'humidité, le bas de la table de cette harpe a commencé à vouloir se décoller...Voilà qui n'est pas vraiment bon signe! Mais, bon, pas de panique, ça n'est pas la première fois que ça m'arrive...
 J'ai donc décordé, démonté, et réussi à finir de décoller toute la table sans rien casser.

 La refixer telle quelle, en plus solide ?

 Oui, mais aussi en profiter pour expérimenter quelques nouvelles pistes...

 Première idée : libérer haut et bas de table pour permettre à celle-ci de mieux vibrer; ça ne se fait pas, d'habitude, mais pourquoi ne pas essayer ?





 Vous remarquerez au passage que la table a été clouée, une solution que j'aime bien...de jolis clous en acier laitonné; avec un epoxy à prise lente, pas besoin de serre-joints.

 J'ai voulu donner aussi une légère concavité à la table; autre technique rarement adoptée, mais qui me semble pourtant très intéressante, j'en ai déjà parlé:




 Puisqu'on est dans les expériences, j'ai remplacé les cordes nylon par des cordes acier. Et là, O merveille, quel son ! Juste ce que j'aime, des harmoniques à la file, des cordes qui n'en finissent pas de résonner ! Il faudra que je vous fasse écouter ça un de ces jours...


jeudi 9 octobre 2014

TABLES D'HARMONIE : PLATES, CONVEXES, CONCAVES ?


 Je n'insisterai pas sur les tables plates : c'est la norme généralement adoptée, la plus simple. Est-ce la plus performante ? Notons cependant qu'une table plate, sous l'effet de la tension des cordes, tend toujours à se soulever et finit par devenir quelque peu convexe.
 Certains constructeurs adoptent délibérément la convexité. Les harpes traditionnelles du Tyrol et celles qui s'en inspirent, comme les «Heartland » :

Delight 38 de Heartland

 J'en ai essayé une, cet été, à Dinan, entièrement construite en fibre de carbone...hyper légère, avec un son superbe !

 Une table convexe intègre une partie de la courbe harmonique ; on peut donc réaliser une console plus droite, plus simple, et partant plus solide. La variation continue et progressive de l'angle table-cordes permet aussi de mieux répartir la tension « à l'arrachage » qui est, comme je l'ai déjà expliqué, fonction du sinus de cet angle. On démarre pour les aiguës, qui ne tirent pas trop, à près de 90°, et l'angle se ferme de plus en plus à mesure que l'on va vers les graves qui tirent de plus en plus fort. La convexité répartit donc mieux les charges, ce qui permet d'alléger les renforts et donc d'obtenir des tables qui vibrent mieux.

 Cependant, pour quelqu'un qui a étudié et pratiqué la réalisation de charpentes, la forme convexe semble vraiment la moins capable de résister à une charge : la recommandation est au contraire, en charpente, de toujours « mettre le bombé dessus », là où s'exerce la pression. La forme idéale serait donc plutôt concave ! En tirant, les cordes auraient tendance à resserrer l'assemblage de la table, tandis qu'avec une forme plate ou convexe celle-ci est plutôt destinée à s'ouvrir et à se fendre.
 À ma connaissance, actuellement, personne n'utilise de tables concaves pour les harpes ; mais cela se fait couramment pour les guitares, les pianos, les clavecins...Cependant, les harpes égyptiennes, africaines, birmanes,


Harpe birmane

qui n'ont pas de pilier, présentent toutes cette configuration, issue en droite ligne, si l'on peut dire, de l'arc musical.

 La question essentielle, bien sûr, est celle de l'amplitude et de la qualité du son.

 On serait tenté de penser que la forme convexe est celle qui permet au son de mieux « rayonner », étant déjà par elle même plus proche du mode -centrifuge et circulaire-  de propagation des ondes. Le même raisonnement nous amènerait à penser qu'a contrario la forme concave tendrait à perturber cette propagation, à la concentrer en un point (son foyer), et donnerait en tous cas un résultat bien différent : une distorsion, peut-être intéressante... J'ai discuté de tout cela récemment avec un jeune chercheur plein d'idées, Kurijn Buys  : voilà sa réaction à propos des tables concaves :

" A part l'avantage de renforcer la construction, une table concave devrait aussi améliorer le rayonnement du son. Cette disposition fait en sorte que la tension des cordes impose une précontrainte dans la table qui augmente la vitesse du son dans le bois. Si cette vitesse est trop basse par rapport à la célérité dans l'air, les ondes qui se créent sur la surface ont le temps de s'annuler dans le champ d'air près de la table (une sorte de court circuit acoustique)."

Tout cela ne mériterait-il pas quelques expériences ?

 (à suivre)

lundi 11 août 2014

L' ÂME DE LA HARPE


 Les instruments de la famille du violon ont une âme...non, ça n'est pas de la poésie, mais de la technique ! Sur ces instruments, l'âme est cette petite pièce de bois, coincée au bon endroit entre table et fond, qui a pour fonction de transmettre une partie des vibrations de la table au fond, lequel en renvoie une partie, quelque peu distordue...etc,  et aussi de compenser un peu la pression exercée par le chevalet.
 C'est ce qui fait si bien "chanter" un violon.
 Système curieux, qui ne semble exister que sur ces instruments, et participe activement à la production d'un son caractéristique.
 Je me suis toujours demandé pourquoi guitares, mandolines, bouzoukis et autres n'utilisaient pas ce procédé ?
Vous me voyez venir, bien sûr ! Et la harpe...?

 Pour transmettre la vibration de la table au fond, l'âme de la harpe devrait être d'une nature très différente.
 Sa table est tirée vers le haut par les cordes : elle tend donc à s'éloigner du fond. Il faudrait trouver un moyen d'arrimer table et fond ensemble. Le fond récupérerait ainsi une partie de la tension des cordes sur la table, et des vibrations de celle-ci . Comme pour le violon, cette âme d'un genre particulier prendrait plutôt place dans les basses, les plus tendues.

 Le son en serait-il modifié, perturbé, enrichi ?
Pourquoi ne pas essayer ?

 On pourrait imaginer toutes sortes de solutions. Je pense à quelque chose de bien simple : un (ou des) ressort(s) !
 Les ressorts se comportent un peu comme des cordes ; ils sont susceptibles de vibrer et de transmettre des vibrations. On peut les accorder...en les tendant plus ou moins.
 Imaginons un tel ressort, tendu entre table et fond à l'intérieur de la caisse, au niveau des quatre ou cinq cordes basses.
Pour estimer sa tension, on peut y accrocher des poids connus, et mesurer ses longueurs successives : plus il s'allonge, plus sa tension est forte. On peut faire une courbe...On saura ainsi quelle longueur lui donner en fonction de la tension recherchée.

  Après cette belle théorie, une petite expérience : j'ai accroché en bas de ma
« Smartwood harp » un ressort de lave-linge déclassé, de ces gros ressorts qu'on récupère toujours sur ces machines, et qu'on n'utilise jamais...Il est donc tendu entre le bas de table, qui présente, sur la Smartwood, une ouverture contre le pilier, et l' ouïe du bas dans le fond. C'est juste un essai, je n'ai pas mesuré la tension de ce ressort, ni fait d'effort pour le cacher...
Résultat ? Surprenant ! Je trouve que les basses, mais pas seulement, résonnent mieux, avec d'avantage d'harmoniques et de « sustain ». Pas de vibrations parasites. J'ai même l'impression qu'on gagne un peu en volume sonore...Le ressort doit se comporter un peu comme une ou plusieurs cordes sympathiques.   Bref, ça chante ! Du coup, j'en ai mis deux...




 Pourquoi j'ai pensé à des ressorts ? Dans son livre « Musical instruments design and conception » Bart Hopkin signale les possibilités sonores, peu exploitées jusqu'ici, de ces objets un peu étranges, et présents dans toute machine qui se respecte...
 Gustave Lyon avait déjà pensé à utiliser des ressorts, dûment tarés et accrochés à un cordier, pour soulager la tension invraisemblable des basses sur les harpes chromatiques Pleyel. Un bon système...pas seulement mécanique, mais intéressant aussi dans la production du son.

 Nos harpes auront-elles, un jour, une âme...à ressorts ?


samedi 9 août 2014

BAMBOO STUDIO

Encore une expérience...une harpe en bambou !



Mais oui, toute la structure de cet instrument est en « tripli »ou contre-collé de bambou, un matériau récemment disponible et destiné plutôt à réaliser des étagères...
Le bambou est, à sa manière, un bois de lutherie : flûtes et orgues portatives en bambou existent en Asie depuis l'antiquité.
C'est un bois très solide ! Ses fibres sont, comme celles des autres graminées, beaucoup plus longues que celles des bois habituels et contiennent davantage de silice, cette précieuse silice qui "répond" à merveille aux vibrations des cordes.
La technologie actuelle (chinoise) réalise, en collant bord à bord des lattes de bambou, toutes sortes de panneaux.
J'ai retrouvé dans mes archives, en faisant du rangement, un plan de « Studio harp » acheté chez « Musicmaker's » il y a quelques années, et que je n'avais jamais exploité : c'est l'occasion !
Naturellement, comme toujours, je n'ai suivi le plan que de loin...

Console et pilier sont réalisés comme d'habitude avec deux épaisseurs de panneaux contre-collées et un assemblage à recouvrement. Comme chaque panneau est lui-même constitué de trois épaisseurs de lattes entre-croisées, cela fait six épaisseurs pour ces pièces...4,5cm en tout.
Les côtés de la caisse sont de même taillés dans du panneau de bambou.
En refendant ce qui me restait, et en passant par la raboteuse, j'ai réussi à obtenir une seule épaisseur de lattes, d'environ 6mm , exactement ce qu'il faut pour construire une table d'harmonie en petites lattes collées, affinées vers le haut jusqu'à 3mm :



Les parties plus sombres qui apparaissent sur le bois sont... les nœuds du bambou.
Bas et haut sont en érable, et le panneau de dos en pin des Landes, de la récup.
Console et caisse sont assemblés, comme toujours, avec un joint libre, pivotant sur une pièce ronde taillée dans un...bambou, un « vrai », celui-là :



Un autre essai : remplacer les chevilles par des boulons ; il y a longtemps que j'y pense, et je n'ai plus de chevilles disponibles, deux bonnes raisons !
J'ai choisi des boulons de 6 à tête six pans creuse, utilisables avec une clé mâle (Allen) de 5. Ils existent aussi en noir, ça serait sûrement plus décoratif que l'acier zingué...



De l'autre côté, il faut percer un trou pour accrocher la corde :



Pour que le filetage ne devienne pas inutilisable, il faut visser au préalable un écrou jusqu'au bout. Une fois le trou fini, on dévisse l'écrou, qui va au passage restaurer le dit filetage...
Vieille ruse de bricoleur !

Pour cacher un peu ces têtes de vis, j'ai choisi de les encastrer dans le bois.

Voilà ce que ça donne une fois monté :



Côté cordes, écrous et rondelles :



Restent à mettre les cordes (29) et à accorder...

Le système fonctionne ! Quelques petits problèmes à résoudre :
-Pour serrer les écrous, une clé plate doit pouvoir passer. Il faut donc prévoir entre les « chevilles » un peu plus d'espace que d'habitude, surtout dans les aiguës .

-Les têtes ont tendance à s'enfoncer un peu trop dans le bois : je rajouterai sûrement, côté têtes, une rondelle crantée style « grower ».

Est-ce que ça vaut des bonnes chevilles ?

Ces panneaux de bambou ne sont pas d'une homogénéité parfaite. Il y a, par moments, dans le « tripli » des creux et des vides...pas très gênants, mais une cheville risquerait de tomber dans un de ces creux et de ne pas tenir correctement.
Le boulon ne jouant, lui, que sur le serrage, pas de risque.
On peut donc, grâce à ce système, et sans inconvénient, construire des consoles avec des bois plus légers ; c'est ce que font vénézuéliens et colombiens avec le « cedro » pour les « Llaneras ». Des chevilles coniques risqueraient de fendre ce bois.

Le son ? Avec des cordes nylon, très doux, une bonne résonance, des aiguës qui chantent bien, des harmoniques... moins de brillance, peut-être, qu'avec épicéa, red cedar ou contreplaqué aviation  ? Autre chose en tous cas. Intéressant !

lundi 19 mai 2014

Chevilles & Cie


 Faire tenir les cordes sur la console, pouvoir les enrouler pour ajuster l'accord, telles sont les fonctions des chevilles. Mais plusieurs systèmes existent : chevilles coniques, chevilles filetées, mécaniques de guitare.. ou même, comme on le verra, simples boulons...
 Quels sont les avantages et inconvénients de chacun ?
 La cheville conique est certainement une des meilleures : efficace, solide, elle est adoptée par la plupart des luthiers, en ébène, en buis, en métal, quelquefois aussi en os.
 Elle a tant d'avantages qu'on en oublie un peu son grave défaut :
Quand elle a tendance à glisser et à revenir en arrière sous l'effet de la tension, que fait-on ? On l'enfonce plus profondément dans le bois, et le problème est réglé. Oui, mais...à force de l'enfoncer plus avant, on risque tout bonnement de fendre le bois, et plus un bois sèche, plus ce risque augmente.
 J'ai fait un jour exploser une pièce de charpente en essayant d'y faire rentrer en force une cheville conique en bois...
 La plupart des fentes, quelquefois graves, qui commencent à s'ouvrir dans la console n'ont pas d'autre origine; la tension finit ensuite de détruire la pièce.

 Les chevilles filetées, de cithare, de piano ou de harpe, comme celles qui équipent les Dusty Strings, ne présentent pas cet inconvénient ; elles sont de section cylindrique, régulière. Une fois mises en place, on ne peut pas les régler pour comprimer le bois à volonté ; avantage au début, inconvénient ensuite : plus le bois sèche, moins il tient la cheville...même dans des bois très durs, ça finit par glisser...d'où les mixtures utilisées pour faire regonfler le bois, à base d'alcool et de glycérine...

 Un système formidable, le seul vraiment idéal, c'est la mécanique de guitare (ou de contrebasse pour de très grosses cordes). La cheville est actionnée grâce à un petit engrenage mû par une vis d'Archimède...impossible pour elle de retourner en arrière, la vis bloque. Une légère démultiplication permet une manipulation très précise, sans forcer.
 Le seul ennui, c'est que ces mécaniques prennent beaucoup de place sur la console : impossible de les faire tenir sur une harpe celtique. On ne peut les installer que sur des harpes de style paraguayen, avec les cordes qui passent au milieu de la console (excellent système d'ailleurs) ;  la ruse est de mettre une rangée de mécaniques de chaque côté de la console : là, ça rentre !

 Enfin, le système pour bricolo fauché et débrouillard ! Le boulon !
Les luthiers vénézuéliens et colombiens utilisent ça sur les "llaneras". Disponible partout, pas cher, solide !
 Les boulons traversent la console. Ils sont percés d'un trou à leur extrémité, pour y fixer la corde. Du côté de la corde, un écrou sur une rondelle. Pour régler la tension, il suffit de serrer ou de desserrer l'écrou...pendant qu'on immobilise l'autre côté avec une clé. Pour accorder, il suffit de tourner la tête du boulon avec la clé, l'écrou glisse sur la rondelle sans se desserrer.
 Vraiment peu de risques de fendre le bois, le dispositif n'augmentant pas de diamètre. On ne joue que sur le serrage.
 Pas besoin de clé d'accord, chère et difficile à réaliser soi-même, mais de simples clés de mécanicien ou de garagiste. Par contre, il faut deux clés, une pour chaque côté.

 C'est ce qui fait dire à Pascal Coulon que, quand on règle sa harpe, on a l'impression de réparer sa mobylette !

 Avec ce système, on peut utiliser pour la console des bois moins durs et moins lourds.
 Enfin, pour une console construite en deux ou trois plis contrecollés, le serrage des boulons va renforcer la cohésion du "sandwich".

 Alors, vraiment, pas un seul petit inconvénient ?

 Je vais faire l'essai, et vous en dirai plus au prochain épisode !

 Parlons argent à présent :

Cheville conique, environ 2€ pièce
Cheville filetée de harpe : idem
Cheville de cithare : 0,5€ pièce
Cheville de piano ? A récupérer sur un vieux piano...
Mécanique de guitare, environ 1€ pièce sur le net, chez les Chinois...sinon, il y en a à tous les prix.

Boulon : 16 centimes pièce chez Leroy & Merlin (avec écrou et rondelle)...

(à suivre).

dimanche 11 mai 2014

CLAUDIA


Pour une amie de mon cours de harpe, cette petite 22 cordes :  


 Avec quelques planches de vieux merisier (une ancienne table) et une table d'harmonie en petites lattes de red cedar .
 Le montage "libre" (non collé) de l'ensemble console-pilier m'a permis de refaire la caisse, dont la première version ne me satisfaisait pas...et sans rien casser !
 Comme toutes mes harpes, la liaison console-caisse se fait sur un demi cylindre collé en haut de la caisse:


Un système merveilleux, qui simplifie drôlement les assemblages de mise au point, et anticipe les futurs mouvements de l'instrument...merci Jerry !

 Console et pilier sont construits avec deux épaisseurs contrecollées, fils du bois croisés, impec. Ce qui permet aussi de résoudre le problème du joint console-pilier : une des deux planches du pilier vient se prolonger sur la console, du côté droit, celui qui est soumis à la torsion...ça ne bougera pas, inutile de renforcer. 
Voilà ce que je veux dire, toujours tiré du livre de Jerry, mine inépuisable décidément :




mardi 25 mars 2014

LES MYSTERES DU A4 (2)

 
    Toujours pour tracer cet angle table-cordes, voici la méthode la plus précise pour se passer de rapporteur:

 -Sur le tracé d'une corde, on prend un segment AB d'une longueur donnée: exemple AB=50cm
 -Avec une calculette on cherche le Sinus de l'angle que l'on veut donner:
 exemple Sin 30°=0,5
 -On multiplie la valeur AB par ce sinus: 50X0.5= 25cm
 -On mesure cette longueur sur le compas, et l'on trace du point A un cercle ou arc de cercle.
 -On trace du point B la droite tangente à ce cercle : elle forme avec le segment AB l'angle recherché:  30°.

   On peut se servir de cette même méthode à l'envers, pour mesurer l'angle table-cordes d'une harpe de rencontre :
 -On mesure la longueur d'une corde, un C4 par exemple (Do de la serrure), du sillet à la table.
 -On mesure la distance de ce même sillet à la table, mais cette fois en travers des cordes, perpendiculairement à la table (la plus courte distance possible). Si l'on dispose d'un grand compas pour prendre cette mesure, c'est l'idéal.
 On divise alors cette valeur par la longueur de la corde: cela nous donne la valeur x  du sinus de l'angle recherché.
 -Sur la calculette (Seconde, Sin x) on obtient la valeur de cet angle.

   Si la table est bombée (cordes basses) évidemment ça fausse la mesure !

   En faisant ça sur ma "llanera" je me suis aperçu que mon angle de 27°, tracé au rapporteur, faisait pratiquement un degré de plus...Bon, heureusement qu'on ne travaille pas pour la NASA !

jeudi 20 mars 2014

LES MYSTERES DU A4

Une propriété curieuse que je viens de découvrir un peu par hasard.

 Si l'on trace la diagonale d'une feuille A4, on obtient deux triangles rectangles dont les angles font respectivement 55° et 35°...ce précieux angle de 35° qui sert souvent à tracer l'angle table-cordes des harpes celtiques !

 En effet, si l'on considère l'angle Â, le plus aigu, on a :
Tgt Â= côté opposé / côté adjacent soit ici  21/29,7 = 0,7070....

 Grâce à une table trigonométrique, ou à une calculette de collégien, on vérifie que Tgt 0,7070 correspond à un angle de 35°26. Une approximation donc, à environ 1/3 de degré près, mais largement efficace pour le dessin, même bien mieux que ce qu'on peut obtenir avec les rapporteurs classiques, toujours plus ou moins faux.
  .
 Le plus simple des rapporteurs : la diagonale d'une feuille A4 !

 Ce A4, dont on reçoit des kyrielles chaque jour, factures, lettres administratives, bulletins de vote, relevés de comptes, apparaît pour une fois sous un angle...harpistique!

dimanche 6 octobre 2013

ECLIPSES DE HARPE

 Cet article est paru dans le N°29 de "Telenn Din", le bulletin de liaison du CRIHC. Je n'en suis pas satisfait à 100%, mais je le mets quand même ici à la disposition de tous pour alimenter le dialogue...

 En feuilletant un vieux recueil (1850) du « Magasin Pittoresque* », je tombe sur une « histoire de la harpe » plutôt bien faite, mais dont l'introduction surprend :

« Cet instrument semble presque abandonné. On le voit encore au théâtre,dans les concerts, et aux mains des pauvres musiciens ambulants : mais presque toutes les familles le repoussent ; il a perdu sa popularité, ce n'est presque plus qu'un souvenir. C'est donc le moment d'écrire son histoire... »

 Effectivement, au XIXème, et même après, toutes les jeunes filles de bonnes familles font du piano, et les jeunes gens du violon...Mais quand même, la harpe dans la rubrique nécrologique des instruments démodés ?

 Beaucoup d'instruments de musique ont disparu après quelques générations de succès. Ce qui est étrange avec la harpe, et qu'on retrouve à plusieurs reprises dans son histoire, c'est cette faculté qu'elle a d'apparaître, de séduire quelque temps, puis de disparaître, et de renaître ailleurs et en un autre temps et sous une autre forme.

 La harpe est née, selon toute vraisemblance, de l'arc musical, comme en atteste aujourd'hui encore le « berimbau » brésilien, et sans doute au néolithique. Sous une forme encore proche de l'arc, elle se développe en Orient, en Afrique, en Égypte et y devient un instrument majeur, de plus en plus élaboré, représenté partout. Elle apparaît aussi, vers la même époque, dans la culture Cycladique, triangulaire, étrangement moderne.
 Cherchez-la en Orient aujourd'hui : elle ne subsiste plus qu'en Birmanie...mais les chinois sont en train de la ré-inventer (pour des raisons seulement commerciales ...? )

 Pendant toute la civilisation gréco-latine, il n'en est presque plus question : les peuples méditerranéens lui ont préféré les lyres et autres cythares, tandis que, très probablement, la harpe remontait le Danube et passait chez les « barbares » d'Europe du nord, comme le montre ce passage de l'évêque d'Amiens Venantius Fortunatus au VIème siècle :

ʺ Romanusque lyra, plaudat tibi barbarus harpaʺ

(Que le romain te célèbre de sa lyre, et le barbare de sa harpe... )
 C'est d'ailleurs chez ces « barbares » Germains et Celtes qu'elle va se développer et acquérir vraiment ses lettres de noblesse, accéder à la perfection de sa forme, fasciner et charmer tout l'occident médiéval.
 Tous ces pays rivalisent alors de créativité pour en décliner la séduction, et en développer les possibilités sonores : harpes à doubles, puis triples rangs de cordes, cordes croisées, harpions, et pour finir, au XVIIème, crochets de demi-tons.
 Le cas de l'Irlande est particulièrement intéressant : jusqu'au XVIIème, tout le monde y jouait de la harpe, il y en avait au moins une, semble-t il, dans chaque maison ! Lors de l'invasion par les soldats de Cromwell, ceux-ci avaient l'ordre de confisquer et de brûler toutes les harpes qu'ils pouvaient trouver. On reste ébahi par un tel acharnement à détruire systématiquement un instrument de musique...et la culture qu'il symbolisait.
 L'Irlande ne s'en remettra jamais, et ne se remettra jamais vraiment à jouer de la harpe ! Il y a, bien sûr, en Irlande, d'excellents harpistes, mais cet instrument n'a jamais retrouvé sa popularité, et il est bien rare de l'entendre aujourd'hui ailleurs que dans une salle de concert...même si elle continue à orner toutes les canettes de bière dans les pubs...

 De l'Irlande, passons en Espagne, qui s'est prise de passion pour elle pendant toute la période baroque, au point d'en faire l'instrument presque unique de la liturgie : il y avait des harpistes dans toutes les églises, on y a composé des recueils entiers de pièces pour harpes pendant plus d'un siècle, et puis, là aussi, la mode a changé, la guitare est devenue de plus en plus populaire, orgue et clavecin on achevé de la chasser des salons et des églises...

  Entre-temps, heureusement, elle avait traversé l'océan, et la voilà qui renait une fois encore en Amérique du Sud, dans tous les pays de l'empire espagnol. Transplantée au départ par les jésuites des « Missiones », elle va rapidement devenir un instrument populaire, ce qu'elle est encore aujourd'hui dans beaucoup de ces pays, avec de très nombreux harpistes et facteurs de harpes, des styles de jeu très différents, aux influences riches et variées.
 Au Paraguay, par exemple, on dit qu'un habitant (mâle.. .) sur trois joue de la harpe. A l'échelle de la France, ça ferait plus de cinq millions de harpistes !

 Dernier avatar pour notre instrument bien aimé : la harpe celtique ! Née de la nostalgie des celtes du XXème siècle pour leurs cultures d'origine, et de leurs revendications politiques, reconstruite par des pionniers comme Gildas Jaffrennou et Jorj Cochevelou, perfectionnée pas les japonais de chez Aoyama puis par de nombreux luthiers, produite à présent et jouée dans le monde entier...

 Mais pourquoi ces disparitions et réapparitions périodiques ? Je retrouve, dans un de mes vieux textes, un élément de réponse :

« Elle reste toujours un peu primitive, barbare, distille une magie puissante, mais résiste à tous ceux qui voudraient la transformer en quelquechose de « bien tempéré »...
On ne la discipline qu'à grand-peine ; qu'on songe seulement à tous les efforts pour la chromatiser : elle se venge en sonnant mal ou plus ou moins faux ! Elle ne livre toute sa pureté sonore que dans sa simplicité première, dépouillée de tous les mécanismes ou bidules patiemment mis au point.
Sa forme même semble illogique, paradoxale ; impossible de la ramener au carré ou au rectangle rassurants : une sorte de faux triangle inversé, qu'on a du mal à faire tenir debout, tant elle défie les lois de l'équilibre...
On ne sait pas par où la prendre : pas question de s'asseoir bourgeoisement avec elle comme à son bureau, mais mal assis, debout, plié en deux, et toujours dans des postures inconfortables : on la dirait vouée au déséquilibre, au biscornu !
Quand on veut la faire chanter fort, elle fait mal aux doigts, avec ses cordes trop tendues.
Sa jeunesse est souvent ingrate, et elle ne se donne avec fougue que dans son âge mûr, pour ensuite vieillir vite, se fendre, se décoller voire casser net, quand ça lui chante...
Elle est trop sauvage, trop païenne et trop subtile à la fois pour nos temples dédiés au culte de la vulgarité et du lieu commun... elle finit toujours par se faire oublier, exclure, persécuter même, et par se réfugier chez les rêveurs, les marginaux et les magiciens... »

Quel sera le prochain épisode ?

D.S.

* Magasin Pittoresque, 18ème année, 1850, Pages 358 à 360 et 375 à 376 .


lundi 23 septembre 2013

AUX ORIGINES DES HARPES GAELIQUES


Cet article a été publié dans le N°2 de la revue "harpes mag", mais je le mets aussi sur ce blog parce qu'il me semble important de dissiper une erreur, répétée partout et même dans les travaux les plus sérieux, sur l'absence de pilier dans les harpes anciennes : on pourra se rendre compte que les harpes des Cyclades, au III ème millénaire avant JC, comportaient déjà un pilier et ressemblaient fort à celles de l'occident médiéval, même dans certains détails de leur construction, et de leur symbolisme...


Le facteur de harpes Joël Herrou, qui réalise de façon traditionnelle de très précises et précieuses copies de harpes gaéliques anciennes, écrit, à propos de ces instruments* : « les harpes irlandaises ont atteint au XIVème siècle un état de perfection. L'instrument était achevé, capable de toucher au but : l'être humain dans ce qu'il a de plus profond... »
Ainsi, ces plus anciens témoins retrouvés de nos harpes d'occident, la « Brian Boru », la « Queen Mary » etc...ne seraient pas les prototypes encore imparfaits d'une technologie balbutiante, mais au contraire l'aboutissement d'une longue recherche, la parfaite maîtrise technique et symbolique d'une tradition millénaire.
Cette idée me fait toujours penser à ce qu'Aristote dit d'Homère et de ses prédécesseurs** :
« Des poètes antérieurs à Homère, il n'en est aucun dont nous puissions citer une composition dans le genre des siennes, mais il dut y en avoir en grand nombre... ».
Oui, Joël a raison, il y a eu beaucoup de constructeurs de harpes avant nos vieilles gaéliques, il a fallu des siècles de musique et de lutherie pour aboutir à une telle perfection, qui est aussi à l'origine de tous nos instruments modernes.
La preuve ? Regardez ces images : 







Ces statuettes datent de la fin du néolithique, de l'âge du bronze (IIIème millénaire avant JC). Elles appartiennent à la fameuse culture « pélasgique » des Cyclades, qui s'est épanouie pendant un bon millénaire sur les îles et les rives de la mer Egée, puis en Crète, bien avant la culture grecque donc. Elles sont finement sculptées dans le marbre des îles et ont été retrouvées dans des tombeaux, au milieu de tout un mobilier funéraire ; comme en Egypte, le harpiste, mais aussi le joueur de flûte double, accompagnent l'homme au delà de la mort et lui font franchir, par la magie de la musique, le « passage ». Il n'y a pas si longtemps que les cortèges funèbres, en Irlande, se faisaient au son du whistle !
On remarque tout de suite la forme arquée et triangulaire, quasiment la même que celle de nos instruments . Les trois éléments du « triangle » sont bien là, caisse, console et pilier, contrairement aux harpes mésopotamiennes, égyptiennes ou africaines, qui n'ont pas de pilier.
Ces instruments sont d'assez petite taille, si l'on en juge d'après les harpistes : la caisse a la longueur et à peu près l'épaisseur de la cuisse du harpiste, ou un peu plus, de 50 à 70 cm de long pour 15 à 20 cm de large ; elle est très certainement creusée dans une pièce de bois massive, la technique ancienne, qui ne nécessite ni colle ni délignage de planches fines, très difficiles à réaliser avec les simples outils de l'époque : haches et herminettes de pierre, affiloirs et ciseaux d'obsidienne et de bronze, pierre ponce de Santorin pour...poncer et lisser. On ne fabriquait pas encore d'outils de fer.
Faut-il supposer un panneau de dos pour clore la caisse, ou celle-ci est elle laissée délibérément ouverte, quitte à être à volonté plus ou moins fermée par la cuisse du harpiste, ce qui modulerait à la fois le volume et le timbre de l'instrument ?
Pilier et consoles sont de section tubulaire, et font vraiment penser à des branches soigneusement équarries et lissées.
Comment tout cela était-il construit ? Pour moi, la question se pose ainsi : si je devais en construire une (promis, je vais m'y mettre...) je m'y prendrais comment ?
Ces schémas feront comprendre l'idée que je suggère : 



On obtient la forme voulue avec deux branches fourchues assemblées au niveau du « bec de canard » (voir plus loin) par un simple joint tenon-mortaise, qui apparaît d'ailleurs sous l'assemblage.
Pas de colle, la tension des cordes assure la cohésion de l'ensemble.
On aurait du mal à trouver aujourd'hui, dans les Cyclades, le bois nécessaire ! Difficile d'imaginer que ces cailloux dénudés étaient, dans la haute antiquité, couverts de vertes forêts avec de nombreuses variétés de feuillus. Cinq mille ans d'exploitation, de sur-pâturage caprin, d'incendies etc...sont passés par là. Il reste, ça et là, quelques ilots de verdure...

Un détail curieux, qui apparaît systématiquement, le « bec de canard », plus ou moins long.
De canard ? D'aucuns y voient la figuration du serpent qui se mord la queue, image ésotérique s'il en est, familière aux « enfants d'Hermès »...Mais si certaines statuettes font effectivement penser à une tête de serpent (une partie du « bec » a pu être cassée), la plupart évoquent plutôt un bec d'oie sauvage, de grue ou de cygne . On sait toute l'importance de l'oie sauvage, de la grue, mais aussi du cygne et de son chant dans les mythologies anciennes, de la Chine jusqu'à l'Irlande avec l'histoire des « enfants de Lîr ». Toujours dans le livre de Christine Y Delyn*, on peut lire (P.138) :
« Le nom gaélique de la console, et l'une de ses orthographes CORR correspondrait à la grue ou au cygne... le cygne est symbole de lumière pure, de noblesse, les dieux et déesses en prennent la forme... leur chant, très mélodieux, peut charmer ou endormir...etc »
Harpe et cygne sont souvent associés aussi dans l'imaginaire romantique, comme dans « Le lac des cygnes » de Tchaikowski ... Un illustrateur anglais du XIXème s'en est souvenu sur cette image quelque peu érotique :



Cette « tête de harpe » n'a cessé, dans l'histoire de la harpe, d'évoquer pour les luthiers une tête humaine, animale, et souvent d'oiseau, et cela réapparait régulièrement sous diverses formes, de l'aigle impérial perché sur la harpe de Joséphine de Beauharnais, construite par Cousineau :


à...cette très belle sculpture sur une harpe celtique de Marin Lhopiteau : 


Quelquefois, l'oiseau est réduit à un motif peint ou sculpté, comme sur cette copie de la harpe de O'Carolan par Claude Leroux :


Sur les « clarsach » la tête d'oiseau a disparu, mais il reste son œil, le fameux « œil de la harpe » , un éclat de cristal ou autre pierre brillante enchâssée en bout de console...

« Dans la hiérarchie artistique, les oiseaux sont les plus 
grands musiciens qui existent sur notre planète. »
Olivier Messiaen


Console et pilier paraissent très épais sur ces statuettes, au point que l'on a pu penser à des pièces creuses, faisant office de résonateurs secondaires ; difficile à imaginer, à moins de construire en bambou...mais, de mémoire d'homme, pas de bambous dans les Cyclades !

Elles sont très stylisées, un travail remarquable quand on pense à la difficulté de sculpter dans un marbre dur avec une telle précision. Le sculpteur a pu être tenté d'épaissir un peu ces pièces qui n'auraient pas tenu si trop fines.

D'ailleurs, console et pilier ont été souvent cassés  :



Et si l'on part de l'idée de branches en bois tendre, comme le saule, une section plus importante en compenserait la relative fragilité.
Une console cylindrique ? Les anciens n'utilisaient pas de chevilles pour tendre les cordes, mais un système de lanières de cuir solide, les « collopès ». Chaque corde est fixée au milieu d'une lanière qui vient se lacer des deux côtés, sur le dessus de la console. Pour tendre, on tire sur la lanière et on bloque par un nœud spécial. La forme tubulaire de la console convient donc bien.
Reste une question intéressante : cordes boyau ou métal ?

Les Pélasges ont inventé ou en tous cas introduit la métallurgie du cuivre et du bronze dans l'espace méditerranéen. Ont ils eu l'idée de faire des cordes avec ces métaux ? Difficile à démontrer, mais j'en suis personnellement convaincu : ils ont eu près de mille ans pour expérimenter ! Il semble qu'à la même époque, la harpe mésopotamienne, le « kugo », était déjà tendue de cordes métalliques.

Peut on se faire une idée de la tessiture de ces instruments ? On ne sait même pas combien on y tendait de cordes... Mais si l'on se base sur les dimensions approximatives de la « harpe de Kéros », par exemple : 


Un triangle d'environ 50/40/40 cm, on peut essayer de tracer un plan de cordes .
Supposons 2 à 3 octaves, probablement sur des gammes pentatoniques, donc de 11 à 16 cordes, avec une tension assez faible, de l'ordre de 30%, on obtiendrait pour des cordes en boyau quelque chose entre C6 (Do du second octave) et A3 (La du quatrième).
Pour des cordes en bronze, on peut descendre un octave plus bas.
La « grande »  harpe de la figure 1 devait descendre plus bas encore dans les graves.
La forme de la console, et la tension assez faible supportée par les lanières de cuir nous interdisent de penser que l'on ait pu monter très haut dans les aiguës avec ces instruments...

Comment jouait-on de ces harpes ? Valérie Patte, à qui j'ai montré ces images, a noté un détail intéressant et sûrement significatif : le harpiste tient le pilier d'une main, comme s'il tirait dessus en jouant : peut-être pour modifier la tension des cordes ? C'est bien possible, avec un ensemble console-pilier en bois souple : un effet « bend » de guitare électrique...les ancêtres de Myrdhin et de... Jimi Hendrix ?


La position de jeu, aussi, est curieuse pour nous : le harpiste joue assis, la caisse repose sur sa cuisse, sur un large siège, chaise ou tabouret. Sur la plus grande harpe de la figure n°1, plus détaillée et sans doute plus récente que les autres, on remarque une sorte de « ceinture » qui aide à maintenir la harpe contre le harpiste. Les chaises ont un « design » superbe, qui pourrait donner des idées à des créateurs contemporains !


Ces instruments semblent bien être joués à « main droite ».

Comment ces harpes des Cyclades ont-elles fini par coloniser les pays du nord-ouest de l'Europe ? Il faut comprendre que les gens, quelquefois des peuples entiers, voyageaient déjà beaucoup dans la haute antiquité : pas toujours pour le plaisir, certes ! Commerce, expéditions militaires, migrations, exodes, mais aussi aventuriers, musiciens itinérants, vagabonds de tout poil, tout cela ne date pas d'hier ! En particulier, l'axe Danube-Rhin a été un lieu de passage très anciennement et intensément pratiqué entre méditerranée orientale et nord de l'Europe. Les Celtes sont passés par là eux aussi. On a pu noter enfin une certaine ressemblance de cette statuaire avec celle de la culture «  Hamangia » découverte dans des nécropoles en Roumanie, précisément autour du delta du Danube, et qui est encore plus ancienne : VIème et Vème millénaires avant JC.
Toute cette proto-histoire donne le vertige et on s'y perd un peu...

Et j'en reviens ainsi, bien plus près de nous, aux harpes gaéliques. Tous les éléments, aussi bien techniques que symboliques, en étaient déjà esquissés au IIIème millénaire avant JC, restait à tout perfectionner, et notamment à systématiser l'usage des chevilles et, après avoir compris les propriétés de la courbe harmonique, à inverser la courbure de la console, ce que les luthiers gaëls et médiévaux ont superbement accompli, dessinant au passage la forme de nos harpes modernes.


Didier Saimpaul


*Christine Y Delyn, Clarseach, la harpe irlandaise P. 160, Hent Telenn Breizh éditeur.
**Aristote, Poétique, IV, 8.


Crédits photographiques :

fig. n°1et 10 : Metropolitan museum, New York.
fig. n°2 et 9 : Musée National, Athènes.
fig. n°3 : Paul Getty Museum, Malibu, CA.
fig. n°5 : Musée de la Malmaison, Paris.
fig. n°6 : Marin Lhopiteau.
fig. n°7 : Myrdhin.
fig. n°8 : Badisches Landes Museum
Karlsruhe, DE.

Schémas de l'auteur...



mercredi 11 septembre 2013

BIGPRINT


 Un outil étonnant : le logiciel BIGPRINT, conçu au départ par l'américain Matthias Wandel pour les menuisiers et autres ébénistes.
Le principe est simple : à partir d'un dessin, voire d'une image, on peut réaliser un plan à l'échelle 1 et le tirer par petits morceaux A4 sur une imprimante quelconque. Il suffit ensuite d'assembler les morceaux, et des quadrillages permettent de se repérer pour le faire...tout simplement génial.

 Voilà un exemple : à partir de ce joli dessin de harpe gothique, publié par le luthier anglais Ronald Zachary Taylor dans son livre "Making early stringed instruments" :


 Après avoir donné une mesure de distance dans BIGPRINT, le dessin se transforme en autant de feuilles A4 à imprimer qu'il en faudra pour réaliser un plan à l'échelle 1 :



 Le quadrillage (réglable) permettra de bien s'y retrouver dans l'assemblage...
 On peut, au choix, tout imprimer, ou seulement les feuilles sélectionnées (trait bleu).
 Pas chouette ?
 Une version d'évaluation gratuite permet de comprendre le fonctionnement, ultra-simple, du logiciel, mais pas de l'utiliser, of course...pour ça, il faut l'acheter !

http://woodgears.ca/bigprint/



mardi 3 septembre 2013

REPARATIONS D'UNE KORA ?


Sur une brocante d'été, j'ai pu acheter pour pas bien cher une petite kora pour enfants, ou pour touristes....et qui ressemble un peu aussi à un Kamélé-ngoni,  instrument assez différent de la kora, mais qui fait partie de la même famille de "harpes-luth" d'Afrique de l'ouest. Un engin un peu bâtard, donc, comme il s'en vend souvent en Afrique...
Il est en assez bon état, mais nécessite quelques interventions pour chanter à nouveau :


Une calebasse avec une peau tendue et fixée par de gros clous de tapissiers, quelque peu oxydés, composant une courbe gracieuse et décorative :





Des 13 cordes d'origine, il n'en reste que 6, avec 6 chevilles, efficaces, mais assez grossièrement sculptées dans un bois inconnu:


 La peau ( de chèvre ?) est légèrement fendue au niveau du chevalet : Pas catastrophique, mais à repriser pour éviter que ça ne s'aggrave !


Le chevalet lui même a une dent en moins...les cordes risqueraient de glisser. Je vais donc en tailler un autre...


Plus quelques petites modifications. L'instrument en vaut-il la peine ? Bon... c'est ma première harpe-luth, et je ne prends guère de risques ! A suivre ...


lundi 12 août 2013

ATTENTION (HAUTE) TENSION !


Quand on lit, dans des descriptifs techniques, que la tension des cordes atteint souvent, sur des harpes celtiques, de 300 à 500 kg, voire plus, on reste quelque peu perplexe :

 Comment une structure apparemment aussi légère et gracile peut-elle supporter un enfer pareil ?
 Une table d'harmonie construite dans les règles, avec de fines planches d'épicéa, certes orientées en travers, comment s'y prend-elle donc pour ne pas exploser ?

 Si l'on parle, par exemple, d'une tension globale de 400 kg, il convient tout d'abord de remarquer que celle-ci s'exerce entre deux pièces, la console et la table, et que chacune de ces deux pièces en supporte donc la moitié. Nous voilà ainsi avec « seulement » 200 kg pour la table....

 Une telle tension exercée sur une table qui serait perpendiculaire aux cordes risquerait bien, effectivement, de la détruire rapidement ; mais les tables de harpes se présentent toujours plus ou moins en biais, selon un angle compris, en général, entre 45° et 25° , assez souvent autour de 35° pour les celtiques. Grâce à cet angle, qui participe aussi à la production du son si particulier à cet instrument, la tension va pouvoir se décomposer selon plusieurs axes, et se faire moins agressive dans l'axe perpendiculaire à la table :


 Sur le point A, qui est le trou dans la table, s'exerce la force F (AB)

 On peut étudier la répartition de ces forces de tension soit graphiquement (sur du papier millimétré), soit au moyen de ces quelques formules simples de trigonométrie qu'on est censés apprendre au collège...
 Je rappelle ici le truc mnémotechnique qui permet de les retenir sans effort :

CASSE-TOI !
CAH SOH TOA 

Cosinus= côté Adjacent / Hypoténuse
Sinus = côté Opposé / Hypoténuse
Tangente = côté Opposé / côté Adjacent


 Tout cela dans un triangle rectangle.
 Sur notre « polygone des forces »  la force F est la résultante des forces F1 et F2, F1 étant celle qui s'exerce perpendiculairement à la table, la seule qui nous intéresse ici.

 On a donc : Sin α = F1 / F soit F1 = F Sin α

 Pour α = 30° par exemple, Sin α = 0,5 donc F1 = F/2

 On voit que pour un angle table-cordes de 30°, la tension susceptible d'arracher la table va être réduite de moitié, à savoir 100 kg au lieu de 200 kg dans notre exemple...

 Avec un angle de 35°, on obtiendrait 114,71 kg, toujours au lieu de 200 kg.

 Ces tensions sont encore considérables, mais on se dit maintenant qu'une table d'harmonie bien construite doit pouvoir les supporter.

  On constate aussi que la tension exercée le long de la table, ici F2, va au contraire augmenter quand l'angle α se ferme ; mais celle-là ne nous gêne pas : si les bords de la table n'étaient pas collés ou cloués, elle aurait même tendance à resserrer l'assemblage bord à bord des lattes et à empêcher les fentes d'apparaître ou de s'élargir. On pourrait presque imaginer des tables assemblées sans colle, qui tiendraient grâce à cette tension indirecte des cordes...mais je pense que des grincements et vibrations indésirables se manifesteraient, entre autres problèmes.

 On comprend, par contre, l'utilité des oeillets ou des cavaliers pour renforcer les trous dans la table, et empêcher les cordes (surtout métalliques) d'attaquer le bois trop directement...